Un mémoire de 2004, une thèse de 2008, un support de cours scanné : beaucoup de documents citent encore des pages publiées sous
u-strasbg.fr, le domaine qu'utilisaient les universités de Strasbourg avant leur fusion en 2009. Ces pages ont souvent
disparu, changé d'adresse ou été réorganisées. Ce guide propose une méthode, de la vérification la plus rapide à la plus longue, pour
retrouver ce qu'une référence voulait montrer, puis pour le citer de façon durable. Les exemples portent sur des adresses
strasbourgeoises, mais la démarche vaut pour n'importe quel site universitaire disparu.
1. Lire l'adresse avant de la corriger
Une adresse se lit de gauche à droite, et chaque morceau donne un indice.
- Le nom de domaine. S'il se termine par
u-strabg.fr, il manque un « s » : c'est la faute de frappe qui vous a mené sur ce site. L'adresse d'origine étaitu-strasbg.fr. - Le sous-domaine.
cdsweb,www-ulp,scd-ulp,www-ibmc: il désigne le service, le laboratoire ou l'ancienne université qui publiait la page. C'est la clé de toute la recherche, car ces entités ont souvent survécu sous un autre nom. - Le chemin. Les dossiers qui suivent le domaine portent souvent le numéro d'une unité (
upr9002), le nom d'une équipe ou d'une personne, puis le fichier lui-même. Une extension comme.pdf,.pdbou.psindique un document téléchargeable plutôt qu'une page.
Notre liste des anciennes adresses recensées donne, pour chaque sous-domaine connu, le service d'origine et son adresse actuelle.
2. Chercher d'abord la page actuelle
Remplacer u-strasbg.fr par unistra.fr fonctionne pour certains services qui ont gardé leur nom : les
données astronomiques du CDS, par exemple, sont aujourd'hui servies sous cds.unistra.fr. Mais ce n'est pas une règle.
Beaucoup de laboratoires ont rejoint le domaine de leur organisme de tutelle, comme le CNRS, et les pages ont été réécrites au passage :
le même chemin ne mène alors à rien.
La méthode la plus sûre consiste à chercher l'entité plutôt que l'adresse : le nom du laboratoire, de l'équipe ou de l'auteur, suivi d'un mot du titre de la page. Pour un fichier de données, cherchez aussi l'article qui le décrivait : la version de référence se trouve souvent dans une base de données publique, avec son propre identifiant. Notre guide sur l'IBMC et les fichiers cités sous www-ibmc.u-strasbg.fr montre cette démarche pas à pas sur un modèle moléculaire.
3. Consulter la Wayback Machine
Si la page a vraiment disparu, une copie existe peut-être dans la Wayback Machine, le service d'archivage du web de l'Internet
Archive, une fondation américaine. Ses robots parcourent le web depuis les années 1990 : pour l'ancienne page d'accueil de
l'Université Louis-Pasteur, www-ulp.u-strasbg.fr, la plus ancienne capture date du 20 décembre 1996 ; pour celle du CDS,
cdsweb.u-strasbg.fr, du 10 décembre 1997.
Trois façons de l'interroger, de la plus simple à la plus précise :
- Coller l'adresse d'origine, avec l'orthographe corrigée, dans le champ de recherche de
web.archive.org. Un calendrier affiche les dates de capture ; un clic ouvre la copie. - Viser une année. Une adresse de la forme
web.archive.org/web/2008/suivie de l'adresse d'origine ouvre la capture la plus proche de 2008. C'est utile pour retrouver la page telle qu'elle était à la date de la citation. - Lister tout un site. En ajoutant
/*à la fin d'une adresse de dossier, on obtient la liste des pages archivées sous ce dossier. Le même inventaire est disponible sous forme de données brutes par l'interface CDX de l'Internet Archive, par exemple pour les premières captures de cdsweb.u-strasbg.fr : chaque ligne donne la date de capture, l'adresse et le code de réponse.
Quelques limites à garder en tête. Une capture n'est pas forcément complète : images, feuilles de style, scripts ou fichiers volumineux manquent souvent. Les pages produites par un formulaire ou une base de données (un résultat de recherche, un catalogue interrogé en direct) sont rarement archivées. Enfin, une capture tardive peut montrer une page de redirection ou d'erreur plutôt que le contenu cherché : remontez alors le calendrier vers des dates plus anciennes.
4. Les archives de l'internet de la BnF
La Bibliothèque nationale de France collecte elle aussi le web français, au titre du dépôt légal. D'après la BnF, ses collections couvrent mieux le web français que celles de l'Internet Archive depuis le début des années 2000. La recherche se fait principalement par adresse, comme dans la Wayback Machine ; la recherche en texte intégral n'existe que pour quelques collections thématiques.
La contrepartie est l'accès : pour respecter le droit d'auteur, ces archives ne sont pas consultables en ligne. Elles s'ouvrent dans les salles de recherche de la BnF, avec un pass recherche, et dans des bibliothèques de dépôt légal en région, dont chacune fixe ses conditions. À Strasbourg, la Bibliothèque nationale et universitaire fait partie de ce réseau : renseignez-vous auprès d'elle avant de vous déplacer. La BnF propose un permalien pour citer une capture précise.
5. Les autres pistes
- Les dépôts de publications. Un article, une thèse ou un rapport autrefois en ligne sur une page de laboratoire a souvent été déposé depuis dans une archive ouverte comme HAL, ou se retrouve par son DOI sur le site de l'éditeur.
- Les bases de données de référence. Catalogues astronomiques, structures moléculaires, séquences : la donnée citée sous une adresse de laboratoire a souvent un identifiant dans une base publique. Pour les catalogues du CDS, notre guide pour citer VizieR, SIMBAD et Aladin détaille les identifiants à utiliser.
- Le code source. Les logiciels de recherche diffusés autrefois en téléchargement sur un site universitaire ont parfois été repris sur une forge publique ou archivés par Software Heritage, qui conserve le code source des logiciels publics.
- Les auteurs eux-mêmes. Un chercheur ou un service retrouve souvent sans peine un document qu'il a publié. Un message court, qui cite la référence complète et l'ancienne adresse, suffit généralement.
6. Citer ce que l'on a retrouvé
Une fois la ressource retrouvée, le but est d'éviter au lecteur suivant le même parcours :
- citez en priorité un identifiant pérenne (DOI, bibcode, identifiant de base de données, numéro HAL), qui suit la ressource quand son adresse change ;
- à défaut, donnez l'adresse actuelle et la date de consultation ;
- si vous citez une copie d'archive, donnez son adresse complète, qui contient la date de capture (par exemple
web.archive.org/web/20080512…/suivi de l'adresse d'origine), et précisez qu'il s'agit d'une archive ; - mentionnez au besoin l'ancienne adresse
u-strasbg.frentre parenthèses, pour qu'un lecteur puisse faire le lien avec les publications plus anciennes ; - vérifiez l'orthographe de chaque domaine avant de rendre le document : une lettre manquante suffit à casser un lien.
Si la page n'a été archivée nulle part et que personne ne peut la fournir, mieux vaut le dire dans la citation (« page consultée en 2005, non archivée ») que laisser un lien mort sans explication.
En résumé
- Corrigez l'orthographe :
u-strasbg.fr, avec un « s » après « stra ». - Identifiez le service par le sous-domaine, puis cherchez l'entité, pas l'adresse.
- Pour une page disparue, consultez la Wayback Machine, en visant l'année de la citation.
- Pour le web français depuis les années 2000, pensez aux archives de la BnF, consultables sur place.
- Citez un identifiant pérenne chaque fois qu'il existe.
Sources
- Bibliothèque nationale de France, Consulter les archives de l'internet (lieux, conditions d'accès, recherche par adresse, consulté le 6 novembre 2026).
- Internet Archive, Wayback Machine et interface CDX : dates de première capture de
www-ulp.u-strasbg.fret decdsweb.u-strasbg.fr, relevées le 6 novembre 2026.
